Extracteurs : les jus ont la pêche

Article mis en ligne par · 9 mars 2018 ·

Avec une croissance à deux chiffres, les extracteurs de jus sont devenus en moins de deux ans un véritable phénomène dans le petit équipement ménager. Mais pour bien le vendre, encore faut-il bien comprendre ses spécificités.

Marché jeune, né avec la vague de l’alimentation “healthy” et du “fait maison”, les extracteurs de jus séduisent de plus en plus les consommateurs. C’est en tout cas le constat dressé par le Gifam (Groupement interprofessionnel des fabricants d’appareils d’équipement ménager), qui enregistrait à fin août 2016 une croissance significative des ventes de centrifugeuses et d’extracteurs de jus : + 32 % en volume (soit près de 200 000 appareils vendus) et + 29,3 % en valeur. Pourtant, seulement 10 % de la population française seraient équipés de ce type d’appareils. Un paradoxe qui pourrait s’expliquer par l’amalgame fait, par les clients comme par les vendeurs, entre centrifugeuse, blender et extracteur de jus. D’où la nécessité pour les marques de former les vendeurs afin qu’ils puissent fournir aux clients des explications claires et détaillées quant à l’utilisation de cet appareil. Pour Damien Chicaud, directeur Statistiques et Études du Gifam, “il est important d’informer le consommateur sur les caractéristiques de ces machines et sur la qualité garantie par les marques pour que les appareils à bas prix, dont les performances sont souvent décevantes pour le consommateur, ne mettent pas en danger cette catégorie aux résultats prometteurs”. Aujourd’hui, 18 % des extracteurs et des centrifugeuses sont vendus par des multispécialistes, 18 % via internet, 18 % par les hypermarchés et 21 % des ventes ont été réalisées “pour faire un cadeau.

 

BIEN CERNER LES VALEURS AJOUTÉES DES EXTRACTEURS

Pour valoriser cet appareil et le vendre à bon escient, il est important de bien comprendre ses particularités. Un extracteur de jus est d’abord capable de traiter des aliments que ni une centrifugeuse ni un blender ne peuvent transformer de la même manière, ni dans les mêmes quantités. Il s’agit notamment des herbes, des légumes et des graines (noix, amandes, etc.) avec lesquelles il est possible de réaliser des jus verts ou des laits végétaux dont les vertus diététiques sont très recherchées par la clientèle. Les rendements sont également très importants – de 70 à 80 % – même si cette performance varie d’un appareil à l’autre. Les fibres recueillies totalement sèches sont d’ailleurs le signe que l’extraction s’est déroulée de manière optimale. Dans tous les cas, un extracteur de jus garantit la production d’un jus dépourvu de fibres, ce qui n’est pas le cas d’un blender par exemple, ou de ces nouveaux appareils qui leur ressemblent mais revendiquent les qualités nutritionnelles d’un extracteur. Sur le plan technique, l’extracteur de jus se caractérise par la présence d’une ou deux vis sans fin tournant à une vitesse inférieure à 80 tours/min. Les légumes, fruits et graines sont écrasés par cette vis contre un tamis, une opération qui va permettre de récolter le liquide d’un côté, les fibres de l’autre. Le jus obtenu sera plus lisse, plus onctueux et meilleur en bouche qu’un jus fabriqué avec une centrifugeuse classique.BAT T&C 562 2

“Pour moi, le meilleur test pour convaincre un client, c’est de lui faire goûter le jus”, analyse Catherine Bouillé, qui dirige La Maison Hôtelière à Dijon. Dans son show-room ouvert aux professionnels de la restauration, mais également aux particuliers, elle a référencé deux modèles d’extracteurs qu’elle essaie le plus souvent de mettre en démonstration. “Je dis toujours que montrer et goûter, c’est vendre ! Il y a une réelle différence, d’autant que le jus se conserve plus longtemps sans s’oxyder ni faire de dépôt.” Les fabricants d’extracteurs insistent d’ailleurs beaucoup sur le fait que la lenteur d’extraction est un réel élément différenciateur par rapport aux autres produits du marché. Car c’est la rotation lente de la vis sans fin qui retarde l’oxydation du breuvage en ne le chauffant pas et qui préserve ses éléments nutritifs. En tournant lentement, l’extracteur est également beaucoup plus silencieux qu’une centrifugeuse ou un blender. “Il y a un réel engouement du public pour cet appareil très tendance en raison des bienfaits qu’il promet sur la santé et le bien-être”,

confirme Catherine Bouillé.

 

LES RÈGLES D’OR DE L’EXTRACTEUR DE JUS

Ne jamais mettre les peaux très épaisses dans l’appareil

(ananas, melon, etc.).

Éviter les peaux des agrumes qui peuvent transmettre

de l’amertume.

Bien laver les fruits et légumes avant de les utiliser,

les éplucher s’ils ne sont pas bio.

Ne jamais introduire de fruits avec noyaux.

Dans le cas d’un jus avec plusieurs ingrédients, alterner

fruits/légumes juteux et fruits/légumes plus secs.

Toujours rincer l’extracteur après usage, surtout

si l’on utilise des épices qui peuvent tacher

(curcuma, par exemple).

Pour réaliser des laits à base d’oléagineux, toujours

faire tremper les noix (noix de cajou, noisettes,

amandes) une nuit ou au moins pendant dix heures

pour les rendre bien tendres et faciliter l’extraction des

substances nutritives. La pulpe peut être recyclé

dans diverses recettes de gâteaux, etc.

 

HORIZONTAL OU VERTICAL, CE QUI PRIME C’EST LA GARANTIE DE LA MARQUE

Il n’est pas toujours évident de faire son choix à travers les innombrables marques d’extracteurs disponibles sur le marché. Parmi elles, il convient de différencier les extracteurs horizontaux des extracteurs verticaux qui ont, pour principale différence, leur encombrement. Ainsi, il sera plus judicieux de conseiller les extracteurs verticaux plus compacts aux clients disposant d’une petite cuisine ou n’ayant pas la possibilité de ranger l’appareil. S’il doit rester sur un plan de travail réduit, l’extracteur vertical sera dans tous les cas plus pertinent, à condition de disposer de suffisamment de hauteur pour être en bonne place et pouvoir y introduire les ingrédients. Les extracteurs verticaux sont généralement faciles à nettoyer et les plus belles marques ont même prévu une petite brosse spécifique pour faciliter la tâche BATko T&C 562 2(Kenwood, Kitchenaid, Kuving’s, Hurom, par exemple). Mais c’est aussi dans cette catégorie que l’on rencontre le plus de premier prix, des appareils à moins de 100 €, aux performances limitées, peu robustes avec un SAV aléatoire et qui n’offrent aucune des garanties des grandes marques. Conseiller les clients et bien comprendre leurs attentes permettra de les orienter sur le produit le mieux adapté à leurs besoins.

Les extracteurs horizontaux sont plus imposants et donc plus encombrants, mais ils sont également souvent plus polyvalents, offrant des accessoires qui permettent de réaliser des recettes plus variées (jus, mais aussi purées, coulis, sorbets, etc.). Selon Milène Creusot, responsable de la Communication chez Wismer, “ils broieraient mieux les herbes et les légumes longs, qui nécessitent souvent d’être coupés en tronçons avec un extracteur vertical, et bénéficieraient également de moteurs estimés plus robustes. Mais aujourd’hui, on se rend compte que les extracteurs verticaux sont également très performants”. Parmi les extracteurs horizontaux, se trouvent aussi les extracteurs les plus chers du marché, vendus pour leur polyvalence ou leur design. C’est le cas du fameux Angel 8500S (plus de 1 500 €), un modèle ultra-design, électronique, tout inox. Son moteur est garanti dix ans et ses pièces cinq ans !

Enfin, quelle que soit la catégorie, l’appareil est doté d’une trémie/ goulotte extra-large qui permet d’introduire les morceaux de fruits découpés grossièrement ou même des demi-pommes par exemple, ce qui rend l’opération facile et surtout très rapide.

BAT T&C 56252 2

 

DES PROFILS CONSOMMATEURS HÉTÉROGÈNES

Si, à leurs débuts, les extracteurs étaient plébiscités par une clientèle féminine, plutôt sensible aux aliments issus de l’agriculture biologique, la démocratisation du marché a transform par des femmes dont l’âge moyen se situait entre trente-cinq et quarante-cinq ans. Il s’agissait plutôt de clientes des magasins bio. Nous y réalisons toujours de belles performances, mais le profil des clients, quel que soit le sexe, est plutôt orienté écocitoyenneté”, confirme Tarik Mousselmal, responsable marketing de Warmcook, importateur et distributeur exclusif des extracteurs Kuving’s. “Aujourd’hui, la moyenne d’âge a baissé et les hommes sont désormais tout aussi friands de cet appareil que les femmes, tous canaux de distribution confondus ! Ce sont les bénéfices bienêtre qui boostent l’achat de cet appareil.” Mais quel que soit le profil, il semblerait que les adeptes des extracteurs constituent une clientèle particulièrement bien renseignée sur les prouesses que procure cet appareil. Aussi est-il primordial de lui fournir des informations pointues qui correspondent à ses attentes et interrogations lorsqu’elle se déplace en magasin ou lorsqu’elle surfe sur le Net. “Nous avons réalisé un gros travail d’information sur les particularités de cet appareil, mais il reste encore beaucoup à faire, notamment en matière de formation pour les vendeurs. Nous venons d’ailleurs d’entamer des cycles de formation en magasin avec l’aide de nos agents commerciaux”, confirme Tarik Mousselmal. Un avis que partage Milène Creusot chez Wismer, qui commercialise un extracteur horizontal sous sa marque, mais qui va distribuer à partir de 2018 les extracteurs coréens Hurom : “Les extracteurs de jus sont des appareils très techniques. Il convient de bien expliquer leurs différences et les bénéfices propres à chaque marque.”

 

LES AUTRES EXPERTS DES JUS…

Pour complexifier encore le marché des extracteurs de jus, certains appareils considérés jusque-là davantage comme des centrifugeuses se présentent désormais comme des extracteurs de jus ! C’est le cas du Juice Expert 3 et 4 de Magimix. Ici, la vis sans fin a été remplacée par un Extra Press, une invention brevetée, qui permet, comme dans un extracteur, de presser à froid des fruits, des légumes tendres ou cuits, des fruits secs… Il s’échange avec le filtre à jus, une autre technologie brevetée, pour les fruits et les légumes durs. Pour se positionner, la marque a fait réaliser via l’Institut scientifique d’hygiène et d’analyse (ISHA) des analyses qui attestent que les jus fabriqués avec son appareil n’ont pas été chauffés lors de leur extraction. Pourtant, l’appareil, qui utilise le principe de la force centrifuge, tourne beaucoup plus vite qu’un extracteur (1 500 tours/min), mais beaucoup plus lentement qu’une centrifugeuse (de 10 000 à 20 000 tours/min). Comme dans un extracteur, les fibres sont stockées dans les filtres et peuvent être retirées pour réaliser des recettes (carrot cake, par exemple). L’appareil est polyvalent puisque dans sa version 4, il intègre un coffret coupe-légumes pour réaliser des salades de fruits et de légumes. Dans un autre style, le Nutribullet® venu de Californie ouvre les graines en moins de trente econdes – mais à 20 000 tours/min au minimum –, brise les tiges, tranche la peau et extrait, dixit le fabricant, “ce qu’il y a de plus précieux des fruits, des légumes et des graines”. Distribué en France depuis 2016 par OPM France, l’appareil s’immisce avec succès dans l’univers des extracteurs de nutriments. BAT T6&C 562 2Quant à la marque anglaise Russell Hobbs, elle a développé deux appareils à cheval sur ces deux techniques. L’Ultimate 3 en 1, un appareil qui mélange centrifugeuse, presseagrumes et blender, et le Nutriboost, un blender multifonctions qui s’utilise avec quinze accessoires différents pour trancher, pulvériser, moudre une multitude d’ingrédients. Quel que soit l’appareil, l’objectif est donc de tirer partie de la tendance “healthy” qui s’est durablement installée dans la vie des Français. En leur proposant pléthore d’équipements faciles à mettre en oeuvre pour tirer parti des bienfaits des fruits et des légumes, les canaux de distribution doivent renforcer l’information et le conseil à l’égard de leurs clients. Car si les jus ont la pêche, il ne faudrait pas que leurs adeptes soient déçus par un achat qui ne correspondrait pas à leurs attentes…

Nelly Rioux

 

LE SAVOIR-FAIRE CORÉEN

 4Parmi les grandes marques d’extracteurs les plus réputés, quelques-unes proviennent de Corée, un pays populaire pour ses innovations et ses technologies avancées. Dès les années 1970, Kuving’s (1978) et Hurom (1974) fabriquaient déjà des extracteurs, un appareil incontournable dans un pays où la cuisine a toujours été considérée comme une source de bien-être et d’équilibre. La Corée produit une grande variété de produits alimentaires saisonniers et notamment de nombreuses céréales, haricots rouges, légumes et fruits, qui trouvent leur place dans des recettes souvent très complexes. Les jus frais, réalisés à partir de fruits, graines, mais aussi de tofu, sont particulièrement prisés par les Sud-Coréens, qui les considèrent comme des boissons riches en nutriments, en phase avec leur mode de vie et leur culture culinaire. Très friands de lifestyle, ils attachent aussi beaucoup d’attention au design. D’où la production d’extracteurs aux allures particulièrement soignées ! Outre le fameux Angel dont la particularité est d’être en inox, Kuving’s et Hurom – marque qui sera distribuée à partir du mois de janvier en exclusivité par Wismer – présentent des gammes colorées, non seulement performantes sur le plan technique, mais également attractives sur le plan visuel. Le proverbe coréen “ce qui est beau en apparence est aussi délicieux” est particulièrement bien adapté aux appareils fabriqués au Pays du Matin calme !